Studia caracoana

10 novembre 2009

Quelques remarques

QUELQUES REMARQUES SUR ALBERT CARACO
avec un tissu de citations, par Philippe Billé.

"Je suis raciste et je suis colonialiste." (Ma confession, p 141). Albert Caraco avait un certain talent pour mettre tout le monde à l'aise, d'entrée de page. C'était à bien des égards un écrivain hors du commun.
A ce qu'on dit, il était né dans une famille séfarade à Constantinople, en 1919 (le 8 juillet selon ses propres dires dans le Semainier de l'agonie, p 44). Il était le fils unique d'un banquier.
Il vécut dans son enfance à Prague, Berlin (Kurfürstendamm 199 de 1926 à 29) et Paris, où il fut élève au lycée Janson-de-Sailly. Il fut diplômé de H.E.C. en 1939 mais ne travailla jamais. Lui-même synthétise ainsi sa jeunesse : "Je passai les dix premières années de ma vie en Allemagne, les dix suivantes à Paris, les dix suivantes entre l'Argentine et l'Uruguay" (L'homme de lettres, p 207-208).
Ce fut en 1939 que sa famille quitta l'Europe pour l'Amérique du Sud, où elle séjourna au Brésil et en Argentine avant de s'installer en Uruguay, à Montevideo. Deux de ses livres d'alors, que j'ai eus entre les mains, portent son tampon, dans lequel je déchiffre l'adresse : 924 av. Mariscal Estigarribia, Montevideo. C'est une grande avenue du sud de la ville, non loin du front de mer.
Après la guerre, en 1946, la famille revint s'établir définitivement à Paris. Lui-même indique dans le Semainier de l'incertitude qu'il habitait en 1968, depuis huit ans, au 34 rue Jean-Giraudoux (p 100 & 162).
D'un naturel mélancolique, il attendait la mort de ses parents pour se suicider. Sa mère disparut la première, en 1963 (il écrivit à son sujet Post mortem). Son père la suivit en septembre 1971 et Albert se serait pendu dès le lendemain. Il avait conservé jusqu'à la fin de sa vie la nationalité uruguayenne.
Ses premiers livres, parus à Rio de Janeiro et à Buenos Aires au début des années 40, étaient de facture et de sujet classiques. Ses pièces de théâtre, partiellement en vers, témoignaient déjà de sa grande maîtrise du français, et des règles du style. On trouve à la fin d'Inès de Castro une remarquable tirade en prose, qui à la lecture se révèle être une suite d'alexandrins mis bout à bout.
Ses livres postérieurs sont principalement des essais philosophiques, en grande partie constitués d'aphorismes et de dialogues.
Ses derniers livres, plus personnels, sont des chroniques mêlant autobiographie et pamphlet. Il y disserte à bâtons rompus sur sa vie, l'actualité, la littérature, l'histoire ou la religion, souvent les mêmes sujets reviennent. Ma confession présente une structure très régulière, et en quelque sorte monumentale : c'est une suite de 250 méditations vagabondes, commençant chacune en haut d'une page et finissant au bas de la même. Plusieurs ouvrages de cette période, intitulés Semainiers, sont divisés en chapitres hebdomadaires. Un bloc d'une demi-douzaine de lignes ("Voilà trois générations que l'Occident abonde en professeurs de barbarie…") que je vois répété mot pour mot aux pages 73 et 93 du Semainier de l'Agonie (semaines du 18 au 24 février et du 4 au 10 mars 1963) permet de supposer que l'écriture et la structure des semainiers ne sont pas aussi spontanées que l'on pourrait croire.
Bien qu'il fût principalement francophone et francographe, Albert Caraco pratiquait aussi trois autres langues vivantes : "Le français, l'allemand, l'anglais et l'espagnol sont quatre langues admirables et je parviens à m'exprimer, avec plus ou moins de bonheur, en toutes" (Semainier de 1969, p 45). Il indique dans le Semainier de l'incertitude (p 23) que son ordre d'aisance était, après le français, l'espagnol, puis l'allemand, enfin l'anglais. Il a inséré de différentes façons, dans ses livres tardifs, des passages écrits dans ces langues. Les 250 pages de Ma confession comprennent soudain une série de 7 pages en anglais (p 91-97), plus loin 7 autres en allemand (105-111), plus loin encore 7 autres en espagnol (113-119). Dans les Semainiers, le texte est parsemé de paragraphes écrits alternativement dans une de ces langues, et parfois Caraco passe inopinément de l'une à l'autre au milieu d'un paragraphe, ou même en pleine phrase. Il dit de son Semainier de 1969 : "Le lecteur averti comprend, en me lisant, qu'il s'agit d'une fugue à quatre voix" (p 134).
C'était un réactionnaire et un misanthrope de première catégorie : "Je ne me cache pas de professer le pessimisme et m'avoue le partisan de la réaction" (1969, p 104) ; "la conservation d'un beau fauteuil m'importe plus que l'existence de plusieurs bipèdes à la voix articulée" (Agonie, p 237) ; "je serais charmé, ma foi, que l'univers fût plein de fours et qui fumassent, de camps de concentration et qui craquassent, de peuples déportés et qui crevassent" (1969, p 118). Il était non seulement raciste et colonialiste, mais aussi vaguement monarchiste, du moins nostalgique de l'Ancien Régime ("Le plus tôt nous rétablirons la monarchie, le mieux" Agonie, p 37), inégalitariste (" Voilà l'espèce d'avortons formant l'humanité commune, il paraît que ce sont nos frères" ; "Quelle est l'idée de beaucoup la plus fausse ? L'égalité", Agonie, p 233 & 279), et partisan de la peine de mort ("La peine de mort, je l'approuve", Agonie, p 59). Tout pour plaire à l'humaniste moderne.
Ses injures cinglantes à l'endroit des Arabes et des Noirs ne laissent pas de doute quant au peu d'estime qu'il leur portait, et le métissage ne lui disait rien qui vaille : "Paris est déjà plein d'Arabes et de Nègres, encore un mouvement et l'on se croirait au Brésil" (1969, p 8) (et je ne cite pas les pires de ses imprécations).
Se présentant comme "Moi l'héritier des traditions immortelles de la France "(Agonie, 86), il admirait la culture française et notamment la littérature, des XVIIe et XVIIIe siècles : "Le temps où les Français ont donné leur mesure, entre Louis XIV et le premier Napoléon" (Homme de lettres, 115) ; "de 1600 à 1800 … en ces temps-là, la France avait un style" (Incertitude, 167) ; "de 1650 à 1775 … on atteint à cette harmonie où la grandeur n'écrase et la mesure ne comprime" (Agonie, 33).
Par contre il détestait la France contemporaine, qu'il jugeait décadente : "Je mourrai francophobe" (Agonie, 262) ; "La France, plus je vieillis et plus je la méprise" (Confession, 112). Bien qu'il eût choisi d'y vivre, il ne s'y sentait pas intégré et ne demanda pas la naturalisation : "Je ne suis pas un écrivain français, je ne me sens pas tel" ; "Albert Caraco n'est pas français, ne se sent pas français et n'a guère d'estime pour la France" (Agonie, 62 & 270).
Il exprime à l'égard des Juifs des sentiments mélangés. Il s'avoue "Juif de naissance et assez longtemps mécontent de l'être" (Agonie, 140). Il s'en trouva assez content dans ses dernières années, notamment après la guerre de 1967, quand il développa un racisme tous azimuts plaçant les Juifs au sommet de la pyramide humaine : "Nous sommes la colonne vertébrale de la race blanche" (Confession, 36). Cela ne l'empêchait pas de tenir à l'encontre des Juifs des propos peu amènes ("On voit à Paris quelques Juifs assez horribles, ces drôles nous arrivent d'Algérie, … l'œil jaune et la peau verte et le cheveu crépu", Agonie, 251 ; "Dieu ! Que les Juifs sont laids!", 1969, 100), y compris à l'égard de sa propre famille : "De quoi suis-je pas descendu ? Je me demande où tous ces avortons prenaient l'audace de survivre" (Agonie, 265).
Il regrettait de s'être converti quelques années au catholicisme, qui imprégna ses premières œuvres. Il tenait les monothéismes chrétien et musulman pour peu de chose. A ses yeux le Coran était "la honte de l'esprit humain" (Confession, 140), et l'Eglise, qui avait pour seul mérite "d'avoir longtemps favorisé les beaux-arts" était "le cancer moral de la race blanche" (Agonie, 172 & 110). Il a cependant mis souvent dans le même sac du mépris les trois monothéismes, juif compris : "Le Judaïsme, l'Eglise et l'Islam ne m'agréent pas, l'esprit qui les anime est souvent la bassesse même" … "L'Eglise, l'Islam et le Judaïsme je les appelle trois poisons, les divers paganismes m'agréent davantage, celui des Grecs fut admirable, celui des Celtes fut charmant" (Agonie, 246 & 251). Il professa parfois, comme on vient de voir, une préférence pour le paganisme : "Les paganismes valaient mieux que les systèmes délirants qui les remplacent" (Agonie, 33) ; "La restauration des paganismes sauvera l'espèce" (Confession, 62). A propos de la vie éternelle, il déclare : "l'idée seulement de faire mes besoins un milliard d'années de suite me brouille avec les religions révélées" (Confession, 203).
En lisant ses diatribes virulentes mais étincelantes contre les Français et les Chrétiens, partagé entre l'indignation et la fascination, je me suis parfois demandé à quel point ma situation de lecteur pouvait être symétrique à celle d'un Juif devant les Bagatelles de Céline. A ce propos, j'observe que Caraco, malgré son peu de sympathie pour les antisémites (l'antisémite est "une brute, il broute l'herbe à quatre pattes", Agonie, 141), semble témoigner d'une certaine estime envers Céline, qu'il considère comme un véritable "écrivain-né", un "possédé", par opposition au simple "homme de lettres, singe de l'inspiration" qu'il voit en Camus (Agonie, 85).
Son écriture a le ton tranchant de l'intolérance, et une syntaxe archaïsante qui lui donne parfois un air précieux, comme son tic de nier en ne sans le pas, qui ne plaît pas à tout le monde. Il a des manies, par exemple l'expression "Il nous manque une thèse sur…" Il savait se passer des facilités de l'argot et n'abusait pas des exclamations.
"Un bon livre est un exercice de pensée et de style", notait-il (Homme de lettres, 262) et sans doute nous a-t-il donné de bons livres. On aura compris que je suis loin d'adhérer à toutes ses idées, comme de partager tous ses goûts. Mais je ne voudrais pas non plus donner l'impression que j'aime le lire pour seulement goûter son style éblouissant, ou rire des outrances délirantes d'un prophète acariâtre. Il avait, comme on dit, oublié d'être sot, ses pages valent aussi par les vérités qu'il y distribue. Je ne crois pas qu'il se soit trompé en tenant que la pollution et la surpopulation soient nos premiers problèmes, aujourd'hui plus encore, et qui d'ailleurs sont liés. Il a lancé contre les lettres et les arts de son temps mille traits pertinents. Il a sur la psychologie des vues perçantes.
Il était assez biophobe, il n'aimait pas la vie et n'était guère attiré par le sexe, se voyant comme un "moine en civil" (Agonie, 16) et admirant le célibat des prêtres (Confession, 200) : "le désir n'a rien d'honorable, le plaisir n'a rien de sublime" (Agonie, 248) ; "I am a puritan and I despise debauchery" (Incertitude, 142). "Ni chat, ni chien, ni mignon, ni maîtresse" résume-t-il (Agonie, 124) et il précise : "La compagnie des femmes, je l'avoue, m'assomme, elles me semblent presque toutes laides et stupides" (Confession, 164) ; "Avais-je le goût des garçons ? Je n'en sais toujours rien et je ne suis pas curieux de telles découvertes" (Confession, 50). A-t-il jamais connu l'amour ? Il dit tantôt que non, et tantôt avoue de rares contacts : "à peine eus-je quelques rapports d'expérience avec des femmes de passage plus ou moins gueuses" (Agonie, 89) ; "celles, ô combien rares ! que je payai pour les culbuter, ne m'échauffèrent pas" (Confession, 50). Le désir sexuel lui était insupportable : "Pour comble de misère, des tentations charnelles ! confie-t-il en mai 1963. Je m'étranglerais de rage!" (Agonie, 191). Quand ces accès surviennent, "il m'arrive de me soulager" (Confession, 26 & 56) en procédant à "de brusques attouchements impudiques" (Agonie, 238), à l'instar des "philosophes misanthropes" qui "ont préféré leurs mains aux cuisses de ces dames" (Agonie, 67). Et parfois il n'y allait pas de main morte : "Je hais mon phallus plus que tout au monde et maintes fois … je le brûlai, je l'incisai, je l'écorchai" (Agonie, 135).
Parmi ses rares aspirations positives, on notera l'expression discrète mais récurrente de son attrait pour la campagne et le jardin. Il en parle trois fois dans Ma confession : "Je souhaiterais de vivre à la campagne et posséder une maison, au milieu d'un jardin, et passer mes soirées à travailler la terre" (p 27) ; "je souhaiterais fort d'avoir une maison aux champs et de pouvoir écrire en un jardin, dont je serais propriétaire" (p 122) ; "J'ai toujours désiré de vivre à la campagne et j'ai toujours vécu dans le relent et la rumeur des villes" (p 254). La même idée se trouvait dans les Semainiers : "Je ne souhaite (que) respirer l'air de la campagne et travailler dans un jardin silencieux, je hais Paris" (Agonie, 132) ; "Si l'on m'interrogeait sur la nature de mes préférences, je dirais humblement que je ne haïrais pas d'avoir une maison pourvue d'un jardin, à la limite d'une ville ancienne" (1969, 151).
"Je forme des vœux pour que l'on me traduise" déclarait-il (Agonie, 81) mais jugeant que "la plupart des traductions dégoûtent de l'original, vu la niaiserie et la bassesse de nos truchements" (Homme de lettres, 156), il priait ainsi : "Seigneur, accordez-moi les traducteurs que je mérite" (Agonie, 259). Quelle opinion aurait-il eue de moi, pauvre goy laborieux, comme lecteur d'abord, et en outre comme traducteur, je n'ose y penser.
Il fut seul. "Je témoigne, seul au fond de ma chambre, homme isolé, homme emmuré, homme que l'on étouffe et qui mourra dans les ténèbres" … "mes auditeurs sont les murs de ma chambre" (Agonie, 258 & 274). Son amertume était d'autant plus grande qu'il ne se prenait pas pour rien : "Mon livre éclatera comme une bombe sur l'Europe" … "quand je serai mort, c'est un cadavre de géant que l'on verra soudain au milieu des fourmis françaises" (Agonie, 248 & 256). Il aura été tout ce qu'on voudra sauf un nain, en effet.
J'aime bien ses initiales, involontaires mais suggestives : A.C.
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Philippe Billé (texte paru dans le blog Le Nouvel Obscurantiste le 9 mars 2005. Version anglaise ici)

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17 novembre 2009

Portrait jeune

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Portrait d'Albert Caraco figurant au frontispice de son ouvrage Inês de Castro, suivi de Les martyrs de Cordoue (Rio de Janeiro: Livraria Geral Franco-Brasileira, 1941).

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18 novembre 2009

Bibliographie 1 & 2

BIBLIOGRAPHIE D’ALBERT CARACO (1) CHRONOLOGIE DES PREMIERES EDITIONS

avec indication des rééditions.
(un astérisque indique les éditions que l'on a eues en mains).

1941*. INÈS DE CASTRO (suivi de) LES MARTYRS DE CORDOUE. Rio de Janeiro : Livraria Geral Franco Brasileira. 173 p. (Deux tragédies classiques. La couverture porte : Editions Bel-Air).

1942. LE CYCLE DE JEANNE D’ARC (suivi d’un choix de poèmes). Buenos Aires : Argentina Aristides Quillet. (Plaquette illustrée par l’auteur). ?

1942*. LE MYSTERE D’EUSÈBE, illustré par l’auteur. Buenos Aires : Argentina Arístides Quillet. 187 p.

1942/43. CONTES. RETOUR DE XERXÈS. Buenos Aires : Argentina Aristides Quillet. 303 p. (Colophon daté 1942. Contes symboliques, fantastiques et philosophiques illustrés par l’auteur).

1949. LE LIVRE DES COMBATS DE L’AME. Paris : E de Boccard. 235 p. (Recueil de poèmes mystiques. Prix Edgar Poe, Paris).

1952. L’ÉCOLE DES INTRANSIGEANTS : Rébellion pour l’ordre. Paris : Nagel. 289 ou 291 p. (Maximes morales).

1952/53*. LE DESIRABLE ET LE SUBLIME : phénoménologie de l’Apocalypse. Neuchâtel : A la Baconnière. 395 p. (Somme philosophique. Copyright 1952, imprimé en 1953)
- Réédition : Lausanne : L’Age d’Homme, 1978 ou 1979, 395 p.

1957*. FOI, VALEUR ET BESOIN. Paris : E de Boccard. 241 p.

1957. APOLOGIE D’ISRAEL, 1 : PLAIDOYER POUR LES INDEFENDABLES. Paris : Fischbacher. 202 ou 203 p.
- Réédition : Lausanne : L’Age d’Homme, 2004, avec La marche à travers les ruines et Colonne d’ombre, colonne de lumière, 323 p.

1957. APOLOGIE D’ISRAEL, 2 : LA MARCHE A TRAVERS LES RUINES. Paris : Fischbacher. 205 ou 211 p.
- Réédition : Lausanne : L’Age d’Homme, 2004, avec Plaidoyer pour les indéfendables et Colonne d’ombre, colonne de lumière, 323 p.

1963*. HUIT ESSAIS SUR LE MAL. Neuchâtel : A la Baconnière. 370 p.
- Réédition : Lausanne : L’Age d’Homme, 1976 ou 1978, 370 p.

1965. L’ART ET LES NATIONS : la physique des styles. Neuchâtel : Ed. de la Baconnière. 333 p.
- Réédition : Lausanne : L’Age d’Homme, 1979, 333 p.

1966. LE TOMBEAU DE L’HISTOIRE. Neuchâtel : La Baconnière. 605 p.
- Réédition : Lausanne : L’Age d’Homme, 1976, 604 p.

1967. LE GALANT HOMME : un livre de civilité. Neuchâtel : A la Baconnière. 343 p.
- Réédition : Lausanne : L’Age d’Homme, 1979, 341 p.

1967. LES RACES ET LES CLASSES. Lausanne : L’Age d’Homme. 413 p.

1968. POST MORTEM. Lausanne : L’Age d’Homme. 119 p. (La Merveilleuse Collection, 13).
- Réédition sous le titre MADAME MÈRE EST MORTE, (Paris) : Lettres Vives, 1983 ou 1984, xiii-110 p. (collection Entre 4 yeux, préface Michel Camus).
- Repris sous le titre original en fin de volume du Semainier de l’agonie, 1985.
- Traduction italienne : Post mortem, par Tea Turolla, avec préface de V Dimitrijevic. Milano : Adelphi (Piccola Biblioteca), 1984.
- Traduction espagnole : Post mortem, par Justo Navarro, également préfacier. Salamanca : Sígueme, 2006.
- Autre traduction espagnole : Post mortem, par María Virginia Jaua. México : Editorial Sexto Piso (Colección Noesis, 20), 2006. 119 p.

1968*. LA LUXURE ET LA MORT : relations de l’ordre et de la sexualité. Lausanne : L’Age d’Homme. 257 p.

1970*. L’ORDRE ET LE SEXE. Lausanne : L’Age d’Homme. 272 p. (Préfaces de l’auteur en anglais, allemand, espagnol et français).

1974. OBÉISSANCE OU SERVITUDE. Lausanne : L’Age d’Homme. 403 p.

1975*. MA CONFESSION. Lausanne : L’Age d’Homme. 260 p.

1975. LA FRANCE BAROQUE. Lausanne : L’Age d’Homme. 245 p.

1975. SIMPLES REMARQUES SUR LA FRANCE. Lausanne : L’Age d’Homme. 168 p.

1976*. L’HOMME DE LETTRES : un art d’écrire. Lausanne : L’Age d’Homme. 293 p.
- Traduction italienne sous le même titre français. Ed Guida, 2001.

1982. BREVIAIRE DU CHAOS. Lausanne : L’Age d’Homme. 126 p. (collection Le bruit du temps). - Réédition Lausanne : L’Age d’Homme, 1999*, 126 p. (collection Amers, 1)
- Traduction allemande : Brevier des Chaos, mit Auszügen aus dem Tagebuch des Verfassers («avec des extraits du journal de l’auteur»). München : Matthes & Seitz, 1986. 200? p.
- Traduction italienne : Breviario del caos, par Tea Turolla. Milano : Adelphi (Piccola Biblioteca), 1998.
- Traduction espagnole : Breviario del caos, par Rodrigo Santos Rivera.  Madrid : Editorial Sexto Piso (Colección Noesis, 3), 2004. 128 p.

1982. ESSAI SUR LES LIMITES DE L’ESPRIT HUMAIN. Lausanne : L’Age d’Homme. 257 p.

1983. SUPPLÉMENT À LA «PSYCHOPATHIA SEXUALIS». Lausanne : L’Age d’Homme. 174 p. (collection Le bruit du temps)
- Traduction italienne : Supplemento alla psychopathia sexualis, par Giulia Alfieri. Milano : Adelphi (Biblioteca dell’Eros), 2005.

1984. ECRITS SUR LA RELIGION. Lausanne : L’Age d’Homme. 346 p.

1985*. LE SEMAINIER DE L’AGONIE : le semainier de 1963, suivi de Post mortem. Lausanne : L’Age d’Homme. 329 p.

1994*. ABÉCÉDAIRE DE MARTIN-BÂTON. Lausanne : L’Age d’Homme. 156 p. (Coll. La Fronde).

1994*. SEMAINIER DE L’INCERTITUDE. (Lausanne) : L’Age d’Homme. 202 p.

2001*. SEMAINIER DE L’AN 1969 : du 10 mars au 27 juillet. Lausanne : L’Age d’Homme. 157 p.

2004. APOLOGIE D’ISRAEL. Lausanne : L’Age d’Homme. 323 p. (Contient une réédition de Plaidoyer pour les indéfendables et de La marche à travers les ruines (1957) et la première édition de Colonne d’ombre, colonne de lumière).

2006*. JOURNAL D’UNE ANNEE : Octobre 1957 - Octobre 1958. Lausanne : L’Age d’Homme. 642 p.

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BIBLIOGRAPHIE D’ALBERT CARACO (2) INDEX DES TITRES
avec renvoi dans la chronologie.

Abécédaire de Martin-Bâton. 1994
Apologie d’Israël. 1957
L’Art et les nations. 1965
Bréviaire du chaos. 1982
Colonne d’ombre, colonne de lumière. 2004
Contes. 1942/43
Le Cycle de Jeanne d’Arc. 1942
Le Désirable et le sublime. 1952/53
L’Ecole des intransigeants. 1952
Ecrits sur la religion. 1984
Essai sur les limites de l’esprit humain. 1982
Foi, valeur et besoin. 1957
La France baroque. 1975
Le Galant homme. 1967
L’Homme de lettres. 1976
Huit essais sur le mal. 1963
Inès de Castro. 1941
Journal d’une année. 2006
Le Livre des combats de l’âme. 1949
La Luxure et la mort. 1968
Ma confession. 1975
Madame Mère est morte. (1968)
La Marche à travers les ruines. 1957
Les Martyrs de Cordoue. 1941
Le Mystère d’Eusèbe. 1942
Obéissance ou servitude. 1974
L’Ordre et le sexe. 1970
Plaidoyer pour les indéfendables. 1957
Post mortem. 1968
Les Races et les classes. 1967
Retour de Xerxès. 1942/43
Le Semainier de l’agonie. 1985
Semainier de l’an 1969. 2001
Semainier de l’incertitude. 1994
Simples remarques sur la France. 1975
Supplément à la Psychopathia sexualis. 1983
Le Tombeau de l’histoire. 1966

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19 novembre 2009

Tampon de Montevideo

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Tampon d'Albert Caraco figurant sur la page de garde d'un exemplaire du Mystère d'Eusèbe (Buenos Aires: Quillet, 1942). "Avec l'Hommage de l'auteur, Albert Caraco, 924 Av. Mariscal Estigarribia, Montevideo (Uruguay)".

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20 novembre 2009

Index du Semainier de l'agonie

Index du Semainier de l’agonie, ou Semainier de 1963, d’Albert Caraco (L’Age d’Homme, 1985)(relevé par Ph.B)

Adam, 217. Alacoque, 202. Albe (duc d’), 45. Alcibiade, 202. Alexandre, 36, 66, 73, 130, 170, 229. Al-Hallaj, 137. Amiel, 138. Anne (ste), 131, 168. Argenson (d’), 45. Aristophane, 77, 140. Aristote, 13, 17, 46, 168, 243. Athalie, 47. Augustin (st), 46, 66, 88, 140, 163, 199, 285. Aymé, 85. Bab, 137. Babeuf, 129. Bacon (Francis), 88. Balfour, 27. Balzac, 34, 36, 53, 60, 85, 86. Baroja, 256. Barrès, 80, 99, 104, 114, 123, 142-145, 157, 287. Bastien-Thiry, 70. Bayle, 45, 80, 104, 152, 293. Bazin, 125, 142. Beaumarchais, 21. Beethoven, 33. Benda, 24, 32, 261. Berg, 182. Bergson, 66, 104, 126, 135. Berkeley, 46. Bernanos, 17, 24, 80, 119. Bernard (st), 69, 172. Bernier, 45. Bertram, 82, 86. Bertrand, 125. Bloy, 17, 24, 80, 177, 191. Bodin, 45. Boehme, 40. Boileau, 31. Bonald, 114. Bonaparte, 21, 33, 69, 85, 170, 229. Boni, 34. Bordeaux, 96, 125, 142. Borchardt, 85, 86. Borgia, 131. Bormann, 177. Bossuet, 31, 151, 278, 290. Bouguereau, 125. Bouhours, 45. Bourget, 85, 96, 125, 133, 142. Boylesve, 96. Brahms, 138. Braque, 25, 182, 217, 295, 296. Brasillach, 277. Briand, 35. Caillaux, 35. Caillois, 62. Calder, 25, 178. Calvin, 172, 220. Camus, 25, 68, 85, 217. Caraco lui-même, 61, 63. Caravage, 40. Carrel, 108. Carrier, 263, 271. Castiglione (la), 34. Castro, 161, 174. Céline, 17, 38, 39, 85. César, 36, 66, 73, 170, 229, 238. Charlemagne, 149. Chardin, 45, 68, 203. Chardonne, 85. Chevalier, 105. Choderlos de Laclos, 81, 222. Claude, 198. Claudel, 24, 81, 96, 97, 119, 201. Cocteau, 25. Combes, 271. Combles, 94. Condillac, 248. Constantin, 149. Corelli, 40. Corneille, 31, 77, 145, 290. Corot, 34. Coysevox, 77. Custine, 216. Daniel-Rops, 39, 232. Daudet, 138. David, 33, 141. Démogorgon, 145. Denys l’Aréopagite, 71. Descartes, 10, 46, 65, 66, 134, 180, 181. Diderot, 34, 46, 78, 80, 90, 94, 104, 110, 152, 232. Dioclétien, 157, 163. Diogène, 67. Dominique (st), 172. Donoso Cortés, 114. Dreyfus, 106, 208. Drumont, 17, 138, 265. Druon, 232. Dubois, 298. Dubuffet, 182. Duclos, 45. Duhamel, 39. Eckhart, 40. Eichmann, 177. Eisner, 137. Empédocle, 257. Eschyle, 77, 145. Esope, 144, 162. Euripide, 77. Eve, 217. Falguière, 125. Feuerbach, 110. Fichte, 40, 246. Flaubert, 60. Fléchier, 45. Fontenelle, 24. France (Anatole), 24. Franck, 177. François Ier, 171. François-Xavier, 277. Freud, 34. Gabrieli, 138. Galilée, 40, 114, 138. Gallifet, 34. Gambetta, 94. Gaulle (Charles de), 9, 11, 28, 33, 35, 37, 39, 43, 45, 47, 49, 50, 60, 64, 74, 120, 212, 218, 228, 229, 235, 253, 257, 259, 261, 265, 268, 269, 272, 292, 296. Gaudi, 24. Gaxotte, 232, 293. George (Stefan), 82, 86. Giacometti, 25. Gide, 24, 68. Gobineau, 71. Goebbels, 177. Goethe, 33, 129, 130, 172, 243. Gohier (Urbain), 138. Gracian, 88, 250. Grimm, 45. Guez de Balzac, 45. Guichardin, 40. Guillaume II, 35. Guitton, 277, 293. Haendel, 138. Hari-Hara, 140. Harnack, 198, 200, 274. Hegel, 33, 40, 110, 137, 165, 168, 246, 262, 278, 293. Henri IV, 27, 66, 69. Héraclite, 115. Hérondas, 19. Himmler, 177. Hitler, 37, 73, 106, 137, 177, 269, 276, 278, 279. Hofmannsthal, 14, 86. Holbach, 45, 94. Hölderlin, 129, 130. Hugo, 34. Isabelle de Castille, 21. Jason, 146. Jaurès, 35. Jean XXII, 257. Jean XXIII, 12, 106, 145, 149, 152, 161, 209, 214, 215, 229, 233, 276. Jean Damascène, 199. Jeanne d’Arc, 72, 202, 283. Jésus, 54, 70, 71, 73, 88-90, 97, 109, 118, 124, 125, 127, 128, 131, 139, 140, 142, 149, 157, 168, 171, 172, 176, 184, 186, 213, 217, 223, 250, 251, 252, 260, 281. Judas, 137, 153. Juin, 292. Julien l’Apostat, 72, 91, 155. Kant, 32, 40, 52, 65, 83, 110, 165, 246, 293. Keller (Marthe), 225. Kennedy (Jacqueline), 279. Kléber, 138. La Bruyère, 165. La Fontaine, 152, 172, 290. Lagarde, 198. La Harpe, 293. La Mettrie, 78. Laval, 35. Lavelle, 104. Lazzari, 138. Léautaud, 68, 190. Le Brun, 33. Le Corbusier, 24. Leibnitz, 46, 65, 66, 137, 293. Lemaître, 108. Lénine, 73, 127, 144, 288. Léon XIII, 106. Liautey, 130. Longin, 144, 162. Louis (st), 72, 138. Louis XIV, 31, 66, 69, 77, 78, 85, 119, 127, 216, 290, 293. Louis XV, 33. Louis XVI, 21, 225. Louvet, 222. Luther, 72, 90, 139, 141, 156, 172, 195. Luxemburg, 137. Lysippe, 77. Madeleine (ste), 131. Mahomet, 73, 127, 141, 169, 260, 281. Maimonide, 198. Maistre (Joseph de), 54, 86, 114, 115, 250, 251. Malebranche, 66, 104, 248, 250. Malherbe, 31, 290. Malraux, 37, 68, 69, 85, 199, 292, 296. Malthus, 128, 161, 247. Manessier, 24. Mansard, 33. Marañon, 73. Marat, 271. Marc-Aurèle, 163. Marcel, 39. Marcion, 198, 274. Marie (ste), 97, 131, 168, 169, 184, 217, 251. Marmontel, 45. Marrou, 232. Martin du Gard, 190. Marx, 13, 14, 40, 73, 104, 110, 115, 118, 127, 128, 139, 161, 165, 168, 169, 181, 229, 247, 277, 281, 293. Massenet, 125. Massillon, 151. Mathieu, 25, 159, 178, 217, 232. Matthieu (st), 274. Mauriac, 37, 85, 96, 97, 125, 142, 198, 199, 229. Maurois, 39, 62, 85, 232. Maurras, 24, 80, 99, 104, 114, 123, 124, 143-145, 277, 287. Mazarin, 39. Mazor, 138. Médico (Henri del), 71. Mendès, 106. Mère de l’auteur, 189, 190, 191, 192, 194, 196, 199, 200, 204, 207, 208, 217, 220, 225, 226, 232, 236, 241, 244, 250, 253, 254, 259, 262, 265, 266, 268, 277, 298. Meshak, 90. Messiaen, 25, 178, 217. Michel (Pierre), 220. Midas, 69. Mirabeau, 222. Moïse, 198, 213. Molière, 77, 152, 290. Monet, 85. Montaigne, 36, 46, 90, 165. Montesquieu, 39, 81, 104. Montherlant, 53. Morand, 85. Morellet, 45. Mozart, 138. Mussolini, 37, 73, 269. Nasser, 161, 236. Nego (Abed), 90. Néron, 216. Nerval, 34, 53. Newton, 66. Nietzsche, 40, 78, 110, 145, 159, 164, 270, 285. Norbert (st), 172. Olivarès, 11, 27. Ortega y Gasset, 97, 142, 196. Ozanam (Jacques), 138. Pascal, 46, 52, 66, 93, 100, 136, 142, 145, 146, 149, 151, 157, 158, 164, 165, 171, 178, 285, 278, 290. Pasternak, 86. Pasteur, 180. Paul (st), 131, 140, 162, 172, 199. Paul VI, 229, 233, 239, 267, 276. Paulhan, 62. Pavlov, 69. Pearl (Cora), 34. Péguy, 17, 24, 80, 104, 177. Percier, 33. Père de l’auteur, 191, 200, 232. Pérez (Antoine), 27. Pernoud, 232. Peron, 269. Perrault, 295, 296. Pétrone, 61, 66, 77. Philippe-Auguste, 139. Pie IX, 130. Pie XI, 99. Pie XII, 94, 97, 106, 130, 152, 166, 214, 215, 263, 276. Pierre (st), 153. Pierre le Cruel, 26. Pilate, 144, 157. Platon, 70, 83, 119, 123, 164. Plaute, 64. Plotin, 163. Plutarque, 78. Poujade, 269. Prestes, 174. Primo de Rivera, 37, 269. Protagoras, 32. Proudhon, 54. Proust, 90, 91. Pythéas, 36. Queneau, 216, 217. Quevedo, 27, 31. Rabelais, 39. Racine, 31, 77, 145, 172, 290, 294. Rathenau, 137. Ravaillac, 27. Ravel, 34, 286. Raynal, 138. Restif, 222. Reuchlin, 138. Richelieu, 33, 69, 148, 171. Rimbaud, 24. Rivière (Jacques), 134. Rodin, 34. Rostand, 66. Rouault, 25, 217. Rousseau, 36, 67, 104, 138, 222, 297. Sade, 60, 70, 80, 104, 106, 114, 137, 202, 206, 213, 216, 222, 223, 224, 225. Sagan, 34. Saint-John Perse, 25, 62, 178, 216, 217. Salazar, 11, 206, 236. Salomon, 141. Sartre, 65, 68, 104, 199, 217, 248, 250, 292. Savonarole, 129. Schelling, 40. Schiller, 129, 130, 138, 172. Schopenhauer, 40, 246. Schroeder, 86. Sénancour, 45. Shadrak, 90. Sheldon, 34. Siméon Stylite, 61, 71. Sirach (Jésus de), 90. Socrate, 108, 178, 184, 185, 196. Sophocle, 243. Spengler, 37. Spinosa, 40, 46, 66, 123, 165, 171, 191, 196, 200, 293. Staline, 37, 85, 94, 127, 144. Stendhal, 66, 135. Strasser, 177. Suétone, 78. Swedenborg, 293. Swift, 31, 66. Tacite, 175. Teilhard, 71, 80, 108, 140, 232. Tertullien, 165, 178. Théodose, 144. Thérèse (Levasseur), 67. Thérèse d’Avila, 135. Thomas d’Aquin, 140. Tibère, 66, 148, 216, 225. Tippou-Saïb, 224, 225. Unamuno, 142, 229. Vacher de Lapouge, 71, 72, 142. Valéry, 36, 82, 85, 86, 90, 91, 126, 135, 286. Vauvenargues, 165. Véronique, 144, 162. Vivès, 135. Voltaire, 31, 34, 36, 39, 78, 80, 81, 90, 94, 97, 110, 119, 138, 293. Vuillard, 68. Wilson, 73. Zénon, 202.

(Cet index a paru dans la Lettre documentaire 371, du 14 novembre 2006).

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21 novembre 2009

Le mystère d'Eusèbe

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Ci-dessus couverture illustrée par l'auteur, du livre d'Albert Caraco Le mystère d'Eusèbe, Buenos Aires: Quillet les édite, 1942. Signature en bas à droite: "Caracotus fecit 42". Ci-dessous, page de titre du même ouvrage, signée en bas "Caraco ... fecit".
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22 novembre 2009

Fragments du Semainier de 1969

ESSAI DE TRADUCTION FRANCAISE par Philippe Billé D’UN CHOIX DE FRAGMENTS EN ESPAGNOL DU SEMAINIER DE L’AN 1969, d'ALBERT CARACO :

Page 19 (« Rehuso aviarme… ») :
    Je refuse de me résigner au déshonneur de l’esprit français et je me tiens à l’écart du troupeau de ces intellectuels, qui profitent de tout et ne sont bons à rien. Nous jouissons ici d’un statut, certes, mais cela semble faux : ce qui fut privilège est devenu charge, puisque le statut permet de réduire au complet silence ceux qui osent rester isolés. Celui qui ne se mêle d’intrigues ni n’appartient à aucun groupe, n’a pas le droit de vivre ou pour mieux dire n’existe pas, car il est tenu pour méprisable ou suspect. L’on prétend même que seuls l’impotent ou le méchant se retirent au désert, ils le disent et y croient fermement. Je suis un homme assez peu fiable à leurs yeux ou même moins : un fantôme, et nonobstant je serai leur témoin, car je les vois comme ils sont et tels qu’ils ne se perçoivent eux-mêmes, aveuglés, égarés ou endormis. Quelques uns, pardi, ont dû remarquer un je ne sais quoi dans mes écrits, qui ne s’accorde point avec leurs faux-fuyants, ils l’ont flairé puis se sont écartés.

Page 35 (« Espontaneidad ni hay… ») :
    La spontanéité, il ne faut pas compter la trouver en amour, tout en nous est bien arrangé et même très ordonné, l’instinct ne nous guide plus et revenir à l’instinct est impossible, car notre pensée nous poursuit et ne nous laisse point seuls avec notre chair. Tout ce que l’on tient pour bon ne peut qu’être factice et ne vaut guère mieux que ce que l’on tient pour blâmable. Et qu’y faire ? Suivre le nord de la mode et prendre quelques libertés. Nous sommes humains car nous raisonnons, certes, et aussi parce que nous avons quelques préjugés, devant lesquels la raison vacille. Otez les préjugés et nous retombons dans l’animalité en raisonnant toujours, sans recouvrer l’innocence.

Page 36 (« No caímos en la cuenta… ») :
    Nous ne nous rendons pas compte jusqu’à quel point nous ne sommes que des machines, quand nous nous éprenons et quand nous forniquons, en croyant être libres, alors que nous portons les chaînes de l’espèce et que nous allons au lit vêtus de préjugés et avec la société sur le dos. Sur ce point nous sommes dans le vrai lorsque nous doutons, car nos lois ne reposent pas sur des commandements absolus et comme malgré tout il nous faut vivre, nous ne pouvons nous maintenir dans le vrai et nous devons croire aveuglément ce que l’on nous ordonne à ce propos. Quoi qu’il en soit la solitude des amants est une illusion, l’innocence de l’amour une autre : nous ne sommes jamais seuls et nous ne pouvons être innocents, puisque nous sommes le reflet d’une société qui ne nous lâche pas même au lit, et que nous pesons tout et jusqu’à notre spontanéité.

Page 42 (« Aquí estoy enjaretando… ») :
    J’endure ici des vexations parmi les taupes, parfaitement inconnu, tout méritant que je sois. Ma grande consolation est que ce pays n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut jadis, et que par suite son estime vaut peu de chose et ne prouve rien. Indifférent et courtois envers mon entourage, j’attends avec sérénité la mort, mon œuvre vivra et cela suffit, mon œuvre contient mon présent et me rend mon futur avant mon lendemain. D’ici là ceux qui rapetissent à vue d’œil auront tant et plus diminué… ce que deviennent les nations, après nous avoir ébloui pendant des siècles ! Voilà l’Espagne et la France ne le lui cède en rien, j’ai peine à croire ce que je vois, tant elles se sont transformées. Je leur pardonne de fort bonne grâce, comment m’auraient-ils découverts, ces aveugles qui n’ont su défendre ni leurs intérêts, ni leur honneur ?

Page 76 (« Los hombres todos… ») :
    Les hommes voudraient tous être des dieux et ne pouvant y réussir, ils parviennent souvent à se muer en singes, et une fois sur deux pour de sages raisons et bien élaborées.

Pages 95-96 (« No hay asunto… ») :
    Il n’est sujet qui entraîne la dialectique avec plus de vigueur, car la mère est à la fois source de notre vie et gouffre de notre mort, si nous restons attachés à son image et fidèles outre mesure. La femme qu’il y a dans la mère nous libère de la mère et, pour ne pas être libres, bien des fils refusent de la voir et même, s’ils la voient, nient sa présence. Les femmes nous sauvent des mères et les mères devront nous sauver des femmes : la mère, dit-on, est la mort, et la femme, la vie… Et si c’était le contraire ? Il se peut même que les rôles changent selon les cas. Quoi qu’il en soit le fils chaste est l’Epoux de la Mère Eternelle, qui est l’archétype de notre mère, le Fils Eternel est le bourreau de lui-même et souvent celui des autres : ceux qui sont et sont seulement les fils de leur mère, ne seront jamais les frères d’autres hommes. Ainsi les mères et les fils s’unissent contre les femmes et les hommes, ce ne sont pas moins que deux armées et la foi romaine s’appuie toujours sur le premier parti.

Page 102 (« Lo que pasa… ») :
    Ce qui se passe en Amérique latine ne me surprend aucunement. Ces contrées sont et restent espagnoles sans rémission, c’est-à-dire invertébrées, et elles ne sortent pas de l’alternative anarchie ou réaction. Je me rappelle les paroles de Sarmiento, parlant des Argentins : « Nous les Espagnols » et se désignant lui-même comme un « Espagnol d’ici ». Et depuis que Sarmiento est mort les choses n’ont pas changé, des immigrants sont venus d’autres points de l’Europe, ils arrivèrent et ne parvinrent à deshispaniser les lieux, ils durent s’hispaniser ou sinon eux, leurs enfants ou leurs petits-enfants, ils perdirent jusqu’au nom de leurs vertus et devinrent semblables aux premiers arrivants, anarchisants ou réactionnaires. Cette empreinte ne s’effacera jamais, le Nouveau Monde est hypothéqué et comme l’Hispanité n’est pas moins qu’un malheur aujourd’hui, l’Amérique latine ne sortira pas de son enlisement, il faudrait que l’Espagne changeât et cessât d’être ce qu’elle est, en tournant le dos à l’Eglise pour commencer et en communiquant l’esprit de sa rébellion à ses rejetons d’outre-mer. Nulle autre solution ne se conçoit. En attendant il n’y aura pas d’ordre mais seulement une terreur légale exercée par la police, l’armée, l’église et parfois le syndicat, en somme des embauchoirs orthopédiques, comme l’écrivait Ortega y Gasset, l’anarchie alternant avec la réaction sous des étiquettes bâtardes qui tromperont les intellectuels d’ici. Je ris quand j’entends les raisonnements que l’on débite à Paris sur les masses révolutionnaires de l’Amérique latine. Quelles masses ? Des meutes de rebelles. Et quels communistes ? Des ramassis d’anarchisants. C’est comme si l’on parlait de crédit au lieu de l’usure qui là-bas règne et prospère, ou de constitutions quand elles ne sont jamais parvenues à se matérialiser mais restent cantonnées dans les textes constitutionnels que l’on étudie, certes, dans les facultés de droit. L’Uruguay a fait ce qu’il a pu pour cesser d’être péninsulaire, il a légalisé avant la Guerre le mariage civil, le divorce, l’éducation mixte, la liberté de pensée et celle de la presse, et semble-t-il cela ne lui a pas réussi : ceux d’en haut n’ont pas suivi les réformes, ceux d’en bas ne les ont pas comprises, la classe moyenne qui les soutenait est épuisée et menacée par la crise et par la subversion.

Page 126 (« Confieso que no soy… ») :
    J’avoue que je ne suis pas Raciste, car je méprise la plupart des hommes, qui sont à mes yeux des idiots finis. Ce qui compte pour moi c’est la crème d’un peuple, les humbles ne m’intéressent pas, ils sont les mains et les pieds des nations, y compris des plus élevées. Un peuple vaut ce que valent les meilleurs de ses hommes et quand les meilleurs manquent, il est de mauvais genre. D’où viennent les meilleurs ? D’une minorité de familles eugéniques. Et les familles, comment apparaissent-elles ? Nous ne le savons pas encore. Problème de sélection, problème d’éducation, problème de tradition et – peut-être – de volonté, problème de grâce, mot qui enferme ce fameux je ne sais quoi, toujours le même et toujours autre, selon le degré qu’atteignent nos lumières, le hasard jouant un rôle qu’il nous coûte d’admettre et que nous faisons mieux de nier, si trompeuse soit l’illusion de notre libre-arbitre dans bien des cas. C’est que la sagesse même ne nous est d’aucun secours, quand elle sert à nous ôter la volonté.

Pages 132-133 (« En cuanto al amor… ») :
    Quant à l’amour, il m’est resté extérieur et comme j’ai la tête froide, je ne me suis entiché de personne. Je m’épris à demi, quand j’avais onze ans, d’un Argentin un peu plus petit que moi et assez efféminé, qui m’accompagnait au collège et n’était certes plus innocent, je cherchais ses regards et j’ai même porté, si je me souviens bien, son cartable, chose assurément singulière de la part d’un égoïste dans mon genre. Puis, à l’âge de douze ans, je me liai de quelque amitié avec certain petit Roumain, un enfant gâté qui portait des dentelles, ce qui faisait rire alentour, mais son antisémitisme me refroidit et quand il m’eut déclaré que mon nez ne lui plaisait pas, je m’éloignai de lui et cessai de le saluer. Quand j’eus treize ans, un garçon très catholique, qui était toujours avec les curés, un Français, me sauta au cou à brûle-pourpoint, me couvrant de baisers et de pleurs, ce qui m’étonna fort, car je ne comprenais pas encore les finesses. Lui-même peu avant m’avait avoué qu’il aimait contempler le trou de son cul dans un miroir, en mettant sa petite tête entre ses cuisses. Mes amitiés dès lors devinrent de plus en plus tièdes et cela fait quelque trente ans que je ne vois personne de près, les femmes je n’y pense même pas. Il est certain que ma mère, sous couvert de sauver mon innocence, fit naître en moi l’effroi, et que veillant sur mes mains et souvent en pleine nuit, elle m’ôta bien des envies. La pauvre femme me farcissait la tête d’avertissements tragiques et de sornettes extravagantes quant au danger de se toucher ou d’approcher les filles. Telles sont les mères, qui font les hommes puis les perdent. On dit à ce propos que les fils aboutissent au néant, quand ils ne tournent pas le dos à leur mère, et l’on pourrait ajouter que là où commandent les morts, les vivants n’osent rêver qu’ils vivent, et meurent d’envie de ce rêve. Mon opinion sur la question est que les fils se croient innocents s’ils ne sont pas hommes et se vengent bientôt des hommes, une fois devenus prêtres ou moralistes. C’est mon cas sans l’ombre d’un doute, je suis moraliste et je me sens prêtre, j’aimerais me faire inquisiteur pour apaiser mes rages et atténuer mes tourments.

Pages 145-146 (« Por una vez…) :
    Pour une fois j’ai fait des concessions au goût et à la sensibilité des gens, je me suis fait personnel, je me suis dénudé et j’en suis même venu parfois à me plaindre, choses fort étrangères à mon caractère, et cependant je n’arrive pas à avoir honte de toutes ces marques de faiblesse, mais en relisant ce qui est écrit, je l’approuve presque. Savoir oublier est la grâce à laquelle nous aspirons tous, mais qui n’est accordée qu’aux élus, nous oublions aussi en écrivant et en donnant forme à nos ennuis, nous trompant à force de les tromper, pondérant pour ensuite les changer en délices. L’art résout toute chose, le salut est une de ses œuvres.

(Ces traductions ont déjà paru dans Etudes n° 3, revue politique et agricole, La Croix-Comtesse, février 2005, puis dans la Lettre documentaire n° 370, du 13 novembre 2006.)

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23 novembre 2009

Avertissement

Le blog Studia caracoana se donne pour mission de rassembler de la documentation sur l'essayiste uruguayen Albert Caraco. En cela nous ne souhaitons pas concurrencer mais au contraire compléter d'autres sites concernant éventuellement le même écrivain. Nous entendons publier les matériaux déjà à notre disposition, et nous examinerons avec intérêt tous ceux que l'on voudra bien nous soumettre. Nous recherchons entre autres des reproductions des dédicaces dont Caraco ornait volontiers ses ouvrages. Nous recueillons également les rares mentions du personnage que l'on trouve sous la plume d'autres auteurs, merci de nous les signaler. Il est possible de nous joindre par e-mail en cliquant dans la marge sur le lien "contacter l'auteur".
Les données disponibles dans cet espace sont réparties dans les catégories suivantes:
- Bibliographie (de et sur l'auteur).
- Gloses (témoignages et commentaires).
- Imagerie (photos, portraits, fac-similés, etc).
- Outils (informations de base, index, etc).
- Traductions (fragments originellement rédigés dans d'autres langues, ici traduits en français).

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24 novembre 2009

Portrait de l'auteur

PORTRAIT DE L'AUTEUR

(Dans son Semainier de l'incertitude, écrit en 1968 (et paru à L'Age d'Homme en 1994), Albert Caraco a inséré ici et là  un "Portrait de l'auteur" (donc de lui-même) en diverses langues, parmi lesquels un en espagnol page 144, dont voici un essai de traduction par Philippe Billé.)

    Je suis méprisant de nature et je ne m’intéresse pas aux gens, je ne regarde presque personne et mes yeux passent à travers tout. Nul ne peut m’offenser, je suis si flegmatique que les éloges ne sauraient m’émouvoir et pour le dire enfin, je ne vis qu’à demi. J’aime rester coi des heures et des heures et si je dois parler, que ce soit avec un homme de valeur et bien né, mais pas avec des femmes. Il me semble que la pierre angulaire de toute courtoisie est le calme, et lorsqu’il manque, tout l’édifice s’écroule : il n’est homme plus tranquille que celui qui se dépeint ici et malgré tout son flegme il est assez désinvolte, second point de la courtoisie. De la grandeur, j’en ai aussi à ma façon, il y suffit de ne point désirer ni de craindre. Calme, désinvolture et grandeur procèdent l’un de l’autre, la source étant le calme, sans quoi rien ne s’atteint. Je suis courtois sans aucun doute et il me semble que le Salut est une image du divin, l’Ecriture cependant est pour moi l’école du mauvais goût, ses personnages sont pesants et pathétiques, et j’irais jusqu’à dire qu’il ne faut pas même imiter le Christ, qui fut fâcheux et pleurnichard. Pilate, lui, était grand seigneur, sceptique, froid et mesuré, de plus grand style que le Sauveur et l’on voit clairement qu’il ne croyait en rien, preuve qu’il était bien né et mieux encore éduqué. Ma devise est : ni Vanité, ni Voluptuosité, car toutes deux nous asservissent, l’une nous enchaîne à l’opinion, l’autre à la chair, mais l’opinion est bien inconstante et la chair bien pesante, et lorsque nous sommes pris entre l’inconstance et la pesanteur, nous n’éprouvons rien de moins que l’Enfer. Sans l’imagination, la sensualité perd ses ailes et se sépare entre mécanique et attachement, la première est plus ou moins sage, le second plus ou moins fort, tous deux sont au-dessous, bien au-dessous des rêves qui naissent chez les jeunes et les chastes.

(Cette traduction a déjà paru comme Lettre documentaire n° 355, le 30 septembre 2006).

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25 novembre 2009

Portrait de l'auteur

ESSAI DE TRADUCTION par Philippe Billé d'un «PORTRAIT DE L’AUTEUR» figurant en anglais pages 142-143 du SEMAINIER DE L’INCERTITUDE (1968).

      Je suis un puritain et je méprise la débauche, je ne goûte jamais la Vie, que j’appelle fornication et que je tiens pour Maladie, j’évite donc celles qui la portent, à savoir les femmes, car nul Bien ne peut venir de créatures vouées aux impulsions charnelles, et qui même chantent les louanges de leur propre servitude. Le mariage est à mes yeux la plus grossière duperie et de rester lié à la même femelle est la tragédie de l’homme, le célibat est moins mélancolique que l’uniformité, les femmes doivent être jeunes et belles ou bien mortes, je pourrais supporter une bonne amie pendant une demi-heure, et peut-être une heure ou deux, mais pas un instant une vieille sorcière, et la plupart des femelles ne sont rien d’autre à quarante ans. Je ne me plains jamais ni ne pleure, prêt à mourir à tout instant, l’idée de ma Mort me procure du bonheur et me remplit de joie, je suis un philosophe posthume, froidement conscient des effets que je laisse et tout à fait d’accord avec le but poursuivi : mes livres sont comme une vis d’Archimède et il leur faut du temps pour élever cette eau qu’ils ne cesseront jamais de déverser. Je crois en mon Immortalité, mais sans ma Présence, je pense que l’homme a besoin de ce que la plupart d’entre nous appellent sans aucun doute l’aveuglement, pour surmonter son attachement aux biens de ce monde : il nous faut à la fois être sage et fou, cela pour survivre et ceci pour agir, celui qui serait sage et rien d’autre risquerait de tomber ou serait enclin à se soumettre aux voies de la chair, Omar Khayyam ne sera jamais mon maître. D’où mon dédain du quiétisme et mon mépris pour tous les Orientaux, surtout les Mahométans et les Hindous, que je tiens pour visqueux et mauvais, peut-être les plus vils des hommes, manquant de dignité et pleins de complaisance.

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