ESSAI DE TRADUCTION par Philippe Billé d'un «PORTRAIT DE L’AUTEUR» figurant en anglais pages 142-143 du SEMAINIER DE L’INCERTITUDE (1968).

      Je suis un puritain et je méprise la débauche, je ne goûte jamais la Vie, que j’appelle fornication et que je tiens pour Maladie, j’évite donc celles qui la portent, à savoir les femmes, car nul Bien ne peut venir de créatures vouées aux impulsions charnelles, et qui même chantent les louanges de leur propre servitude. Le mariage est à mes yeux la plus grossière duperie et de rester lié à la même femelle est la tragédie de l’homme, le célibat est moins mélancolique que l’uniformité, les femmes doivent être jeunes et belles ou bien mortes, je pourrais supporter une bonne amie pendant une demi-heure, et peut-être une heure ou deux, mais pas un instant une vieille sorcière, et la plupart des femelles ne sont rien d’autre à quarante ans. Je ne me plains jamais ni ne pleure, prêt à mourir à tout instant, l’idée de ma Mort me procure du bonheur et me remplit de joie, je suis un philosophe posthume, froidement conscient des effets que je laisse et tout à fait d’accord avec le but poursuivi : mes livres sont comme une vis d’Archimède et il leur faut du temps pour élever cette eau qu’ils ne cesseront jamais de déverser. Je crois en mon Immortalité, mais sans ma Présence, je pense que l’homme a besoin de ce que la plupart d’entre nous appellent sans aucun doute l’aveuglement, pour surmonter son attachement aux biens de ce monde : il nous faut à la fois être sage et fou, cela pour survivre et ceci pour agir, celui qui serait sage et rien d’autre risquerait de tomber ou serait enclin à se soumettre aux voies de la chair, Omar Khayyam ne sera jamais mon maître. D’où mon dédain du quiétisme et mon mépris pour tous les Orientaux, surtout les Mahométans et les Hindous, que je tiens pour visqueux et mauvais, peut-être les plus vils des hommes, manquant de dignité et pleins de complaisance.